vendredi 10 septembre 2010

Conclusion

C'est à côté d'une THB (bière malgache (mais géré part un belche ;-)) sur la terrasse du bar de ma chambre d'hôte à Antsirabe que s'achève mon périple à Madagascar. Dans 3 jours, le retour vers le plat pays s'annoncera. La joie de la rentré se mêle bien évidemment à la tristesse de fermer cette page qui a nourrit près d'un an de mon existence d'une vie passé hors des sentiers battus. Que de chose se sont passées depuis mon départ. Une expérience qui fut loin d'être tous les jours facile comme vous avez sûrement pu le lire entre les lignes tout au long du blog, mais qui m'apporta par contre des trésors que je n’aurais pas pu soupçonner lors de mon départ. A côté de la mission sur place et en mettant de côté également la richesse culturelle de cette vie à mille lieus de chez moi, je crois que ce temps de volontariat fut surtout l'occasion d'une découverte personnel.... celui de ma propre personne. Par ses difficultés, par ses défis, par ses remises en questions, mais également par toutes ces petits gestes que j'ai reçu, que j'ai donné, par les rires des enfants, par la complicité avec certains séminaristes, par mes moments de solitudes voulues, mes rencontres, ma découverte d'une Eglise insoupçonnée loin de tout faste mais aussi de tout idéalisme (entendez « voulant vivre l'idéal du Christ mais dans les limites bassement humaines»), j'ai rencontré comme jamais l'Homme... et par la même occasion, j'y ai vu en eux mon propre miroir.

Je crois qu'il serait difficile de vous expliquer concrètement ce que j'ai ici retiré, mais ce volontariat fut pour moi une chance que j'échangerais pour rien au monde. A tout ceux qui hésitent, je n'ai qu'un mot à dire, sautez le pas! Aucun livre, aucun témoignage, aucun reportage ne pourra vous apprendre ce que vous découvrirez sur place. Un an passé loin de chez moi m'a appris plus que 6 années passées à l'université. J'étais parti avec mille questions, je rentre avec mille portes ouvertes. J'étais parti avec 1000 craintes, je rentre avec mille défis. J'étais parti avec quelqu'un que je ne connaissais pas, je rentre en m'ayant découvert ;)

C'est ainsi donc que ce termine mon blog. Je vous remercie tous de m'avoir suivi et soutenu tout au long de cette année. A dans 2 jours autour d'un bon Orval (bon Dieu que ça m'aura manqué!! ;-) )

Damien


dimanche 30 mai 2010

nouvelles de mai

Bonjour à tous, voilà plus d’un gros mois que je n’avais plus donné signe de vie, faute de véritables nouvelles. Depuis deux semaines cependant, ma vie quotidienne a quelque peu changé, c’est pourquoi je reprends ma plume pour vous narrer mes dernières aventures sur la terre des zébus.

Le w-e passé a marqué la fin officiel de la majeure partie de ma mission sur place, à savoir les cours de français des propédeutiques pour la préparation de leur examen d’entrée au grand séminaire d’Antsirabe. En effet, l’examen a eu lieu vendredi après-midi sur base d’un texte de 1793 parlant de « L’égalité d’instruction ». Personnellement, ayant lu le texte, je ne l’ai pas trouvé spécialement facile, surtout que certaines tournures de phrase utilisaient un vocabulaire totalement désuet. Dans des questions annexes, sans dictionnaire, on leur demandait par exemple de donner l’antonyme du mot « chimérique »… Personnellement, ce n’est pas un vocabulaire que j’utilise tous les jours… Bref, je suis resté dubitatif quand à l’intérêt de certaines questions pour estimer leur niveau de français courant. Bien que j’ai eu quelques craintes pendant l’examen, je pense qu’ils ne s’en sont finalement pas trop mal sorti. En attendant les résultats d’Antsirabe, je peux aujourd’hui dormir l’esprit en paix par le sentiment du devoir accompli ;-)

Le lendemain, pour fêter la fin de leur examen, je les ai invité à voir tous ensemble le concert du groupe « Ny Ainga » qui se produisait en ville. Groupe formé par un ex-séminariste d’Ambatondrazaka (comme quoi la vocation mène à tous ;-)), il proposait une musique assez country à la sauce malagasy vraiment sympa. Malheureusement, à peine sur place depuis une demi-heure, coup de téléphone du recteur me demandant de renvoyer dard dard les propédeutiques à la prière plutôt que de leur faire voir le concert, ordre de l’évêque. Sur le moment même (et encore maintenant), j’ai râlé. Non seulement, je ne comprenais pas cette décision alors que les autres années, c’est arrivée que le vicaire général leur offre lui-même l’entrée, mais surtout on me prévenait quand on était déjà sur place alors qu’on en avait parlé lors du repas ! Bref, immense déception, mais il a bien fallu s’exécuter.

Parmi les autres nouvelles, le projet et le devis de l’école a été rendu il y a trois semaines aux autorités compétentes. Ils commenceront normalement d’ici peu la construction et j’espère avoir l’occasion avant mon départ de voir cette école sortir de terre. Depuis, je n’ai plus non plus de ce côté-là de projet en cours ce qui fait que mon activité à Ambatondrazaka s’est réduit à peau de chagrin. Je crois cependant, que je vais demander à l’évêque de nouvelles occupations car j’ai pas l’intention de me tourner les pousse jusqu’en septembre !

Depuis la semaine passé, je suis de retour à Tana pour…. le visa de séjour longue durée ! Quoi toujours pas terminé ? Bhen non… Cette fois-ci, une semaine tout frais payé par la maison mep, histoire de profiter de la douche chaude, mais surtout d’attendre encore et toujours les différents papiers que j’ai mis en route lors de mon arrivé mercredi. Aux dernières nouvelles, mon dossier sera complet lundi ou mardi et je pourrai finaliser mes procédures peut-être dans deux semaines. Cette semaine à Tana est en réalité assez pénible car je tourne pas mal en rond et je me fais violence pour ne pas dépenser à tord et à travers de l’argent dans des livres achetés au marché, des glaces qui me font de l’oeil, ou carrément baver devant des leffes à 10 euros. (bon allez, j’avoue, j’ai craqué pour la leffe ;-) ).


Ce petit séjour dans la capital fut pour moi l’occasion de dire au revoir au premier coopérant (Xavier) qui repartait hier matin en direction de Paris. A discuter avec lui, j’ai pu me rendre compte à quel point on a ressenti ce pays différemment. Sans doute, nos missions, bien que similaire (enseignement), abordaient des réalités vraiment à part.

Père Pedro, le pendant masculin de Soeur Emmanuelle à Madagascar

Tout comme il y a un mois, j’aimerais vous partager aujourd’hui le fil de mes pensées de ces 30 derniers jours. L’interview vidéo de sœur Emmanuelle faisant une rétrospective de sa vie au Caire est je pense un très bonne approche de la prise de conscience de ce que j’ai faite ici.

« Je suis une révoltée de naissance, Il y a quand même trop d’injustice sur terre! […] Ce qui m’a toujours révolté, c’est cette inégalité incroyable de chance entre les bébés qui viennent sur terre. Entre l’abîme qui se creuse entre les peuples nantis et les autres. C’est une injustice incroyable ! Comment ça ne peut pas vous révolter jusque dans le plus profond de votre être ! »

Et bien ce cri du cœur c’est exactement ce que je ressens ici. Face à tant d’injustice, de pauvreté et d’oppression, je ne peux rentrer en Europe et faire comme si je n’avais rien vu. Durant mes secondaires, un prof de religion avait dit ceci: « Vous ne devez pas vous en vouloir d’être né ici, plutôt que là. Mais vous n’en devez pas pour autant vous en gonfler d’orgueil. » Aujourd’hui, je pense que si en effet, on a pas choisi et on est pas responsable d’être né « riche », on a par contre cette responsabilité de venir en aide à ceux pour qui la vie n’a pas été aussi favorable. Toute richesse qu’on accumule en Occident, se fait quoi qu’on en pense, d’une façon ou d’une autre, au détriment du reste du monde.

Que ce soit dans notre travail, dans notre consommation, dans nos choix et nos responsabilités sociétales, en fait, dans notre vie de tous les jours, toute action en Europe a une répercussion positive ou négative dans les pays exploités. J’ai acquis la ferme conviction au cours de ces mois que la politique ne comblera jamais le fossé et les inégalités dans le monde. On peut donner tout l’argent de la terre à une cause, si personne n’est là pour accompagner, écouter, s’engager, cela ne sert à rien. C’est de la poudre aux yeux. On peut se vanter haut et fort que l’Europe est l’un des plus grands pourvoyeurs de fond en aide humanitaire et au développement, cela n’en demeure pas moins qu’une tentative de rédemption et de bonne conscience face à l’oppression qu’on exerce d’autre part. Non, l’Europe n’est pas meilleurs que les Etats-Unis ou la Chine !

Mais alors, que faire ? Je dois avouer que je n’ai pas encore trouvé la réponse sur la suite de mon aventure sitôt le départ de Mada. Des pistes, j’en ai beaucoup en tête, mais ce sont des choix qui doivent être discutés et pesés. Je crois en effet que les coups de tête sont les ennemis du bien. En attendant, la vision que j’ai actuellement de ma chambre à la maison me de Tana résume parfaitement le dégoût que j’ai de la situation : alors que je dors dans un lit chaud et que je mange à ma faim, juste trois mètres sous moi, une famille dort sur des cartons et vit dans les poubelles…



dimanche 18 avril 2010

Dernière ligne droite

La reprise de l’école la semaine passée annonce la dernière ligne droite avant les vacances et le retour en Belgique. 7 mois que je suis ici et pourtant, j’ai l’impression que je suis présent dans ce pays depuis toujours. La Belgique me semble un pays lointain à mille lieux de mes préoccupations quotidiennes. L’occident et son mirage matériel m’apparaît aujourd’hui encore plus indécent qu’hier quand on perçoit vers quelle folie elle entraîne derrière elle l’ensemble des pays du monde. Cette course à la possession entraîne inexorablement jalousie et envie en creusant d’autant plus le fossé entre riche et pauvre. La foi serait-elle le seul terrain de liberté où les principes d’égalités ont encore raison d’exister ?


Souvent, je repense à Charles de Foucault… à l’instar de St François, il possédait tout ce que l’homme pouvait rêver : Femme, argent, pouvoir et gloire. Pourtant, la vie lui apparaissait d’une tristesse sans nom. Sa rencontre avec la réalité et la piété musulmane fut pour lui une révélation. Le bonheur qu’il ne put trouver dans le faste, il le trouva dans la foi. La richesse qu’il ne put trouver dans l’argent, il la trouva dans la pauvreté. Sa raison de vivre qu’il ne put trouver dans la gloire, il la trouva chaque matin dans sa louage à Dieu.


L’histoire de l’Eglise regorge de ses exemples. Pourtant, l’occident recherche sans arrêt à abattre l’Eglise et son « moralisme » dérangeant. Les dernières affaires de pédophilie sont là pour nous le montrer. Au nom de la justice (de la vengeance ?), on condamne l’ensemble de l’Eglise en occultant sa vérité fondamentale. Je ne cautionne évidemment pas le moins du monde les atrocités commises par ses hommes et sans doute encore moins le silence qui a entouré ses pratiques. Cependant, s’arrêter sur cette vision de l’Eglise comme j’ai pu le lire tant de foi sur les forums de la libre où du soir me blesse profondément. L’impression que par la faute de quelques-uns, on assiste impuissant, à une nouvelle crucifixion du Christ. Jeu où la passion l’emporte sur la raison. Ca me désespère d’en arriver là car je ne peut m’empêcher de faire le lien avec ce que je vois ici sur place. Notre soi disant éducation aurait du en effet nous permettre de nous former un esprit critique. Pourtant, on réagit exactement comme les gens d’ici. Sur base d’informations tronquées tirées de journaux partisans et de ouï-dire, on fait des procès d’intension et on lapide en dehors de tout jugement objectif. Où est donc passée notre conscience ? Où est passé notre sens de l’objectivité ? Ne serait-on finalement qu’un troupeau de mouton cultivé suivant en bêêêlant les meneurs les plus forts ? Je ne peux m’empêcher de voir à quel point l’homme reste quoi qu’on puisse en penser, qu’un être influençable et faible.


Pour en revenir au sujet initial de mon post (désolé, je me suis un peu laissé emporter par mes pensées ;-)) cette semaine a été l’occasion de remettre à l’évêché mon avant-projet pour une école dans un gros village de brousse. Sur un terrain de 2 hectares, on m’avait demandé de dessiner un projet pour une école primaire comprenant 5 classes de 30 personnes, une salle des profs et une bibliothèque. Petit projet donc, mais pour lequel j’ai pris un grand plaisir à le dessiner (bien que les informations que j’avais sur le site étaient pour ainsi dire inexistantes). Bien que j’avais carte blanche pour les plans et que j’étais confiant dans mon projet, au moment de la remise des plans, on a quand même l’estomac qui fait des nœuds comme pour un examen oral ;-) Pour éviter tout risque de refus, j’avais en réalité réaliser un deuxième projet plus en phase avec les réalités locales basé sur deux axiomes de base: maximum d’économie et modularité. A mon grand soulagement, le premier projet a été très bien reçu par le vicaire général en charge des constructions du diocèse (c’est en effet oublier que l’Eglise sur place a quand même quelques moyens ;-)). Mieux, il l’a considéré comme je cite : « vraiment très joli ». Il n’en fallait pas plus pour me faire naviguer sur un petit nuage pour tout le reste de ma semaine !! Cependant, le projet doit encore être soumis à l’administration locale ainsi qu’au directeur de l’enseignement catholique du diocèse. Je croise les doigts pour que ça marche ;-)





samedi 3 avril 2010

volontariat, ong et communauté internationale

Suite aux questions de certains sur mon sentiment de l'aide occidentale sur place, voici un melting-pot de quelques réflexions de ces deux derniers mois:

En discutant avec mon chargé de mission il y a trois semaines, on parlait de l’échange d’expérience lors du retour de mission. Et tout en parlant, je me suis rendu compte à quel point le retour de volontariat pourrait être difficile. Difficile parce que, comme on nous l’avait annoncé lors de la semaine de formation, personne n’est vraiment à même de nous écouter puisque n’ayant eu même pas vécu cette expérience. Mais peut-être aussi assez particulier pour les volontaires revenant de Madagascar car comme il me l’expliquait, lors des w-e retrouvailles MEP, on voit toujours deux groupes se former : les volontaires de Mada… et les autres. En d’autres mots, on ne peut discuter de nos missions qu’avec ceux qui ont vécu à Madagascar. Comment l’expliquer ? Peut-être parce que Mada n’est pas totalement l’Asie. La mentalité est tellement particulière ici… Elle a ce mélange de joie et de fatalité qui est assez frappant. Pour donner un exemple concret de la difficulté d’être compris, je me faisais une réflexion il a quelques jours en regardant facebook. Je voyais une de mes amies faisant de la pub pour une action humanitaire à Madagascar. Et inconsciemment je me suis dit en moi-même que jamais je ne donnerais le moindre centime pour des projets humanitaires à Mada. Et je me suis rendu compte tout à coup à quel point ma réflexion était scandaleuse ! Scandaleuse oui, …. pour des européens n’ayant pas vécu sur place (on pourrait me traiter d'esprit colonialiste que je ne m'étonnerais pas). En réalité, les seuls projets qui me plairaient de cautionner seraient des projets d’éducation, mais encore, sous des conditions particulières. Serait-ce la vue des réalités du terrain face à ces aides extérieurs, où est-ce la vue de la réalité de la mentalité malgache qui me rende si hostile à tout projet occidentale sur place ? Sans doute des deux. La majorité des volontaires sur place vivent dans le luxe par rapport à la population local (moi en premier), et n’apportent en réalité qu’une plume par rapport à leurs objectifs initiales quand il ne cause pas plus de mal à la population local. Je crois qu’en réalité, au plus profond de moi, Madagascar ne pourra s’en sortir que par elle-même. Tout l’argent investit ici ne l’est qu’en pure perte et les rends complètement dépendant. Je suis en fait outrageusement scandalisé par une bonne partie des ong présent (USAID est la pire que j’ai pu voir jusqu’à présent). Pire, quand je regarde le dédain et la supériorité avec lequel vive certain français ici sur place (dsl pour les français, mais c’est le seul exemple que j’ai sous les yeux ;-)), j’ai vraiment honte d’être européen. Concernant l’Eglise sur place, je crois qu’elle n’est pas non plus toute blanche, mais au moins, elle essaye de toute ses forces, chaque diocèse selon sa philosophie, d’apporter une aide réelle à la population (c-à-d point de vue spirituelle et point de vue de l’éducation). Par contre, la question de l’argent et de l’apparence de l’institution restant pour moi par contre un pierre d’achoppement avec laquelle j’aurai toujours des difficultés. Quand à la communauté internationale, quand on voit la manière avec laquelle elle gère la crise politique sur place, c’est tout simplement scandaleux. Tel un rapace (et je peux vous assurer que certains pays européens, garant soit disant des droits de l’homme et de la démocratie, ont ici les mains bien sale), elle pipe les dés pour assurer à certains politiciens véreux d’avoir accès aux pouvoir en échange que ces derniers ferment les yeux sur les pillage des ressourcent naturelle par les occidentaux (et de plus en plus aussi par l’Asie).

Bref, que retenir de tout cela? Tout d'abord que l'occidental véhicule une fausse image de richesse qui rend dès le départ les rapports avec la population local biaisé. (Et pour cela, l'Eglise ne fait rien pour arranger les choses). Ensuite, je ne crois plus dans les projets humanitaires si il n'existe pas à côté une réelle prise en compte de la formation de la population local. Des projets que j'ai pu voir, aucun n'est jusqu'à présent resté opérationnel sitôt les occidentaux partis... Quid de mon volontariat? Est-ce que ma présence apporte-t-elle finalement quelque-chose? Oui et non. Oui car il y a clairement des progrès en français mais quand à faire changer un peu les mentalités, on reste vazaha et quoi qu'on dise, j'ai l'impression qu'il n'en feront jamais qu'à leur tête ;-) Heureusement, cette expérience n'en demeure pas moins riche pour moi et malgré parfois des déceptions, c'est un peuple qui est absolument attachant.

mardi 30 mars 2010

Vacances à Ambatondrazaka...

Depuis vendredi dernier, les vacances ont poussé leur bout de leur nez. Contrairement à Noël, point de grand déplacement puisque le séminaire restera mon lieu de villégiature, occasion rêver pour partir un peu à la découverte de mon diocèse. Si la ville d’Ambatondrazaka et ses alentours immédiats représentent bien peu d’intérêt (Ambatondrazaka, morne plaine), les abords escarpés de la plaine m’ont plus d’une fois titillé ma curiosité. C’est pourquoi depuis trois jours, je me suis lancé dans des après midi rando. Et en effet, quel changement de paysage à moins d’une heure de marche de la ville, véritable plaisir pour les yeux, des collines immenses à perte de vue me font rappeler les paysages grandioses du Seigneur des Anneaux. Se promener de crête en crête avec comme seul présence un petit vent frais, il n’en fallait pas plus pour transformer un programme découverte en pur moment de bonheur. Pour l’instant, ses premiers après-midi se sont déroulés dans une certaines solitudes, mais je pense entraîner sitôt la rentrée, les propédeutiques avec moi, histoire d’avoir un cours de français qui sort quelque peu des locaux de l’évêché. En contrebas des collines, les petits villages se succèdent dans un rythme régulier. Bien que proche de la ville, on entre aussitôt dans un univers différents, celui de la pauvreté matérielle. Plus de voitures, peu de maison en dur, l’état des habitants reflète également ce changement. La majorité des enfants rencontrés étaient plutôt habillé avec de vieux vêtement crasseux quand il ne se promenait pas tout simplement en pseudo-slip. Les adultes quand à eux à peine mieux vêtu. Pour autant, ces villages, ne manquent pas de charme et bien souvent, j’ai regretté de ne pas disposé d’un appareil photo. Le chemin en terre est également une aventure en soi. Entre, partie sèche, visqueuse ou carrément coupé par l’eau, je me suis retrouvé à deux reprises les pieds empêtrés dans la boues jusqu’à mi-mollet à la grande joie des enfants ! Heureusement que les cours d’eau abondent ici pour se décrasser ! Durant ces escapades, au cours d’une petite ascension, j’ai également eu l’occasion de saluer trois tailleurs de pierre d’un certains âge percher au dessus du vide. Le travail bien que loin d’être facile n’empêchait pas ces vieux paysans de m’aborder avec un immense sourire édenté ;-) Il faut dire que la vue de leur lieu de travail ne pourrait jamais être rivalisé par les plus haut gratte-ciel du monde. La marche, contrairement aux autres moyens de locomotion, offre aussi l’occasion de discuter un peu avec les habitants. Mon malgache hésitant, me permet de me faire un petit peu comprendre. Par contre, arriver à discerner ce qu’ils me disent est une autre paire de manche. Mangeant à moitier les mots, ça devient vite le parcourt du combattant sitôt qu’on tombe sur quelqu’un d’un peu prolixe, trop content de parler à un vazaha. Heureusement, discuter avec les enfants est beaucoup plus facile à conditions qu’ils ne s’enfuient pas en vous voyant arriver (Et oui, pour les petits, les vazaha blanc sont des dévoreurs d’enfants :D). Ils sont d’une patiente d’ange, près à te faire répéter mille fois un mot jusqu’à ce que tu le prononces bien et sans aucune pitié quand tu fais des fautes, j’ai trouvé ici les meilleurs professeurs du monde…

samedi 13 mars 2010

pluie pluie pluie

Premier gros cyclone à frapper l’est de Madagascar depuis le début de la saison des pluies. Cette saison porte depuis quelques années bien mal son nom puisque l’eau tarde de plus en plus à pointer le bout de son nez. Il y a encore une dizaine d’années, celle-ci ouvrait le bal fin octobre début novembre. Malheureusement, changement climatique oblige, les averses se sont déplacées vers fin décembre tout en se faisant de moins en moins nombreuses. Le rendement des rizières sera probablement bas cette année. Trop tard, trop fort, les pluies torrentielles qui se sont abattues début de semaine ont passablement abîmé les pousses de riz.

Le réveil début de nuit au séminaire dans la nuit de lundi à mardi est l’exemple même de la fulgurance du déluge. L’eau est montée en moins de trois heures de presque un mètre dans la cours du séminaire. L’eau commençait à entrer dans le séminaire quand on m’a réveillé afin de déménager les sœurs vocationnistes qui avait déjà de l’eau jusqu’au genoux. Réfugié à l’école pour la nuit, ce fut au tour du séminaire de surélever ou d’évacuer tout ce qui était susceptible d’être endommagé par l’eau. Heureusement, l’eau n’est guère montée de plus de 10 cm à l’intérieur de nos bâtiments. Le spectacle des salles d’études ou du réfectoire les pieds dans l’eau n’en demeurait pas moins surréaliste.

Le lendemain matin la décrue s’annonçait fort heureusement. Il n’empêche, faire la cuisine les pieds dans l’eau ou manger avec à nos pieds cafards et autres insectes en train de barboter, était en soit une aventure. L’école fermé, je n’ai pu m’empêcher de répondre présent face à un stupide défi de piquer une tête dans la piscine du séminaire et de tenter de faire la longueur du terrain de foot à la nage avec un séminariste… ;-) Heureusement, ce bouillon de culture ne m'a pas cloué au lit les jours suivant...

Bien que non exceptionnelle cette pluie n’a pas été sans dommage pour la région, à 50 m du séminaire, une maison en brique de deux étages s’est effondré durant la nuit, Ambatondrazaka était quand à elle coupée du monde après l’emportement d’un pont sur la route de Moramanga.



Le séminaire les pieds dans l'eau

Le terrain de foot...

Alors monsieur Léonard, elle est bonne? Dégueulasse....;-)

routes coupées, pont brisé, la route vers Moramanga prise hier fut le parcourt du combattant. 8h pour 150 km...

mercredi 17 février 2010

quelques nouvelles

Enfin, enfin, quelques nouvelles de la mission. Voilà plus d’un mois que le blog s’est retrouvé sans commentaires faute au départ d’un manque de nouveauté, mais aussi depuis une semaine d’un manque de temps.

En effet, si le mois de janvier s’est écoulé dans
une certaine routine il en a été tout autre depuis février. Est-ce le vicaire général qui voulait rendre un nouveau tonus à ma mission ou une mission urgente qu’il fallait résoudre au plus vite, toujours est-il que pour une fois, mon bagage universitaire a été (légèrement) mis à contribution. En effet, la paroisse d’Anosindrafilo (une des paroisses de la ville) avait commencé il y a 10 jours la construction d’un nouveau bâtiment en vue d’accueillir des retraitants ainsi que des réunions éventuelles. Les fondations étaient en cours de réalisation quand on m’a demandé si je voulais bien faire les plans et le devis à rendre à l’administration communale pour le permis …. de bâtir. Je dois avouer que sur ce coup là, on a beau prendre l’habitude de ne plus s’étonner de rien, j’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux en l’air en demandant. « Seigneur, pourquoi… ». Bref malgré la grande joie que cette proposition m’a donné, j’ai encore du mal à tenter de trouver aujourd’hui une réponse rationnelle à cet état de fait. En effet, hormis le fait de mettre devant le fait accompli l’administration local de la construction d’un nouvel immeuble, rien dans le projet initial n’avait été arrêté : les ouvriers ont en fait commencé les travaux sur base d’un schéma de principe (sans mentir, le schéma faisait 12 traits maximum) ce qui fait qu’en gros, on ne savait toujours pas où et combien de fenêtres on allait mettre, si la disposition des planchers était correcte, quid du coût etc… Bref, j’ai passé mon temps la semaine passé à tenter de composer avec ce que j’avais vu sur place, du relevé que j’avais pu faire et de l’environnement dans lequel on se trouvait (la vue du site est tout simplement magnifique). J’ai enfin pu tout rendre hier matin, fatigué mais heureux de ce petit extra qui me changeait un peu de ma routine.

Heureusement, les bonnes nouvelles ne se sont finalement pas arrêtées là puisque le père m’a d’ors et déjà réquisitionné pour, je cite : « faire une expertise d’un chantier arrêter en vue d’évaluer le coût du travail déjà effectué ». A ce que j’ai pu comprendre, ils n’ont pas été plus loin que les fondations ce qui normalement ne devrait pas être trop compliqué. En fait, ce que je ne comprends vraiment pas dans cette manière de gérer les constructions du diocèse, c’est qu’il serait si facile de faire des plans et un devis AVANT les travaux que pendant ou après. Enfin bon, ne nous plaignons pas, moi ça me fait un peu travailler et j’en suis très heureux ! :-)

Vous retrouvez sur la droite l'église. La construction a lieu juste derrière le clocher métallique ce qui est un peu dommage puisque ça bouchera in fine la vue qu'on avait de la petite place.


Les fondations avec les armatures métalliques qui serviront au chaînage vertical du bâtiment.
Sur la photo, on pourrait croire qu'on a affaire à des ouvriers de la sncb: un qui travail, deux qui regardent mais ce n'est qu'apparence ;-)